ILE-DE-FRANCE : Une région au bord de l’asphyxie !!!

 

 

La région Ile-de-France, si elle ne représente que 2% du territoire, c’est 19% de la population en France (12,1 millions d’habitants), 30% du PIB (649 milliards d’euros) et 23% des emplois (6,2 millions d’emplois  salariés et non salariés) et 1 million 24 milles entreprises.

Mais, derrière ces chiffres impressionnants se cache une situation beaucoup plus alarmante due aux politiques menées ces dernières années, aggravée par les différentes lois touchant à la réforme territoriale (MAPTAM-NOTRe) et le phénomène de métropolisation que l’on retrouve dans le Grand-Paris.

En effet, les choix faits en matière d’urbanisme ces dernières décennies ont crée de fortes disparités entre les départements et territoires d’Ile-de-France, une stratégie qui a pour effet d’amplifier le phénomène d’éloignement domicile/travail avec des lieux d’activités économiques complètement déconnectés des lieux d’habitation, eux-mêmes souvent déconnectés des lieux de consommation, culturels, sportifs, amplifié par la multiplication de centres commerciaux que l’on continue à bâtir au milieu de rien, sans accès aux transports collectifs à l’image de Carré-Sénart en Seine et Marne où il a fallu créer une ligne de bus en site propre .

Ce modèle économique a pour effet de multiplier la mobilité imposée des personnes et des marchandises, tout en allongeant les parcours.

Une enquête de l’IAU (Institut d’Aménagement et d’Urbanisme) montre que les franciliens passent de plus en plus de temps dans les transports quotidiennement. 92 minutes, c’est le temps moyen passé à se déplacer, avec des parcours qui s’allongent.

La région Ile-de-France qui a accueilli, en 2015, la COP 21 à l’issue de laquelle a été signé «l’accord de Paris » serait bien inspirée de se l’appliquer. A commencer par stopper l’étalement urbain et l’artificialisation des terres agricoles.

Pourtant, ce n’est pas le chemin pris avec la poursuite de la construction d’immenses zones logistiques déconnectées des modes ferrés et fluviaux -particulièrement dans l’est et le sud de la capitale- la poursuite d’aménagement de centres commerciaux déconnectés des lieux d’habitats comme Carré-Sénart ou encore le projet Europa City au nord de Paris, un projet de centre commercial pharaonique qui –s’il devait voir le jour- se traduirait par l’artificialisation de plus de 700 hectares de terres agricoles.

Pourtant, ce modèle économique est à bout de souffle –de nombreux centres commerciaux étant en grandes difficultés- sachant aussi que pour un emploi crée dans un centre commercial, 3 emplois disparaissent en périphérie, des centres commerciaux vecteurs d’un accroissement du trafic routier.

C’est aussi la volonté de poursuivre le développement du site de Saclay au sud de Paris qui se construit là aussi au milieu des champs, sans transports et aucun habitat. Site qui n’est pas ou très peu créateur d’emploi car cela se fait par des délocalisations d’entreprises et établissements qui se situent dans des zones urbaines connectées aux transports collectifs.

En ce sens, nous sommes profondément interpellés que ce site de Saclay ait été retenu pour l’exposition universelle de 2025. Que dit et fait Monsieur Hulot ?

L’évolution de l’immobilier d’entreprise (essentiellement de bureaux), en 2016, démontre que le déséquilibre emploi/habitat entre l’est et l’ouest de l’Ile-de-France s’aggrave considérablement, avec une concentration de l’emploi toujours plus forte dans les Hauts-de-Seine et une chute accélérée en grande couronne. Ainsi, 57% des surfaces de bureaux agrées (création et renouvellement) se situent dans les Hauts de Seine et 18% à Paris.

Ces choix ont pour effet une évolution désastreuse des conditions de transports en Ile de France avec saturation croissante des lignes de RER et transilien mais aussi des réseaux routiers. Dans le même temps, l’explosion du coût du logement à Paris et proche couronne éloigne de plus en plus de franciliens de leurs lieux de travail.

L’urgence est d’arrêter de créer des besoins de transports pour mieux y répondre !

En effet, l’ile de France est au bord de la paralysie. La saturation routière prend de l’ampleur d’année en année, avec des impacts environnementaux désastreux, sans parler du temps perdu.

Les réseaux ferrés paient des retards d’investissement de dizaines d’années tout en étant sous-dimensionnés pour répondre à la demande croissante et sont au bord de l’explosion avec des dysfonctionnements qui s’enchainent dégradant les conditions de transports des usagers et les conditions de travail des salariés des transports avec des manques d’effectifs criants.

Face à de tels enjeux économiques, sociaux et environnementaux qui coûtent très chers à la collectivité en matière de santé publique, de réchauffement climatique, de temps perdu … des mesures exceptionnelles s’imposent en matière de transports collectifs, d’un tout autre niveau que ce qui se fait depuis quelques années. Car le retard est tel que les nouvelles infrastructures de transports collectifs sont saturées dès leurs ouvertures.

Si le Grand Paris Express va répondre à des besoins, particulièrement dans la proche couronne, cela ne suffira pas.

Les choix politiques incompréhensibles qui ont été faits d’abandonner les projets de tangentielles en mode lourd (style RER/Transilien)  permettant aussi le transport de marchandises, dans le début des années 2000, comme la tangentielle ouest-sud d’Achères à Melun via Versailles-Massy-Evry-Corbeil sont lourds de conséquences aujourd’hui.

Leurs remplacements envisagés par plusieurs lignes de tram-trains ne sont pas à la hauteur des besoins et leur circulation sur des emprises ferroviaires du réseau ferré national menace même les circulations du Fret ferroviaire, déjà peu important en Ile de France, pour des raisons d’incompatibilité entre modes lourds et légers (tram-train).

L’image de la création de TRANSKEO au nord de Paris, filiale de droit privé de KEOLIS, pour exploiter une ligne de tram-train sur le réseau ferré national en dit long sur les volontés politiques de la région Ile de France qui initie ainsi –en complicité avec la SNCF- la première ligne de transport collectif ferré en low-cost.

Il faut également dénoncer le projet aussi inutile que coûteux du CDG Express, ligne directe entre la Gare de l’Est et l’aéroport CDG. CDG Express qui devrait coûter plus de 2,1 milliards d’euros, sans desservir les territoires traversés de la Seine et Marne et de la Seine Saint Denis, inaccessible au Pass Navigo, avec des conséquences négatives pour le RER B, les lignes Transilien et TER Picardie mais aussi, il faut le préciser, aucun site Olympique. Une ligne financée par de l’argent public, via ADP et SNCF Réseau,  au détriment de l’intérêt général.

S’il faut regarder les coûts, regardons tous les coûts ! Les coûts externes du transport routier (dont les émissions de GES progressent), y compris la saturation routière se chiffrent en milliards d’euros.

Là, nous parlons de santé publique, de réchauffement climatique dans une région au bord de l’asphyxie, tant au niveau respiratoire que de mobilité.

Il faut déplacer ces milliards d’euros vers les transports alternatifs à la route que sont le fluvial et le ferroviaire.

La CGT, avec des associations, porte de nombreuses propositions concrètes tant pour les transports voyageurs que marchandises.

Pour le Fret, il faut réactiver tous les grands sites ferroviaires marchandises autour de la capital, faire de ces triages de véritables pôles multimodaux incluant la logistique.

Il faut réactiver la petite ceinture ferroviaire (autour de Paris) et préserver la grande ceinture ferroviaire à toutes les activités (voyageurs/marchandises).

Pour les voyageurs et marchandises, nous revendiquons –depuis des années- la création d’un périphérique ferré contournant toute l’Ile de France au niveau de la Francilienne, maillé avec les lignes RER, et toutes les lignes SNCF, permettant des dessertes rapides de banlieue à banlieue et le transport marchandises pour un meilleur accès aux différents triages sans saturer les réseaux denses.

Il faut aussi privilégier les circuits courts, l’économie circulaire, passant par la pérennisation et le développement de l’industrie en Ile de France, industrie perdant des emplois, une industrie qui réponde aux besoins de transports et d’énergie du 21ème siècle, permettant justement de limiter le réchauffement climatique tout en répondant aux besoins.

On ne peut pas le 02 août 2017, le jour du «dépassement », s’émouvoir  de l’avenir de la planète et continuer la même politique.

En Ile de France, l’urgence ce sont les transports en lien avec une autre politique d’aménagement du territoire !

 

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